orphelins de l'Éden

12.07.2009

Sans blague

Quelques minutes avant qu'il ne rentre du boulot, je glisse un CD dans le lecteur. Il ouvre la porte, entend la mélodie et dit:

- Wow, Les Fourmis, ça jouait justement à la radio.

Je réponds:

- Eh ben, tu parles d'une coïncidence.

cristallisation

De passer la majorité de mon temps au paradis m'amène à réaliser que le plaisir des coïncidences au quotidien est en quelque chose mis sur la glace. Pour faire des liens au fil des jours, il faut un minimum d'actions susceptibles de provoquer cette alchimie si délicieuse. Des actions comme des rencontres, des déplacements, des lectures, des bribes de conversation. Entre les murs du paradis, il n'y a que moi, Bo. et le gros chat Nougat. M., lorsqu'il y est, passe encore beaucoup de temps dans le sous-sol, à faire avancer les travaux, qu'il veut terminer avant 2010. Alors peu nombreux sont les petits synchronismes qui me font tant apprécier la perfection du cours des choses. J'imagine que cette magie ne sera que plus extraordinaire lorsque je pourrai reprendre contact avec elle.

De toute manière, en échange, j'obtiens une nouvelle sorte de magie, celle naissant à chaque regard porté sur la métamorphose de garçon. Ce que je vis auprès de lui, c'est un espace-temps précieux, une parenthèse unique. L'apprécier à sa juste mesure donc, pareil qu'un millésime rarissime.

Malgré tout, si je vis moins d'événements nés de mon contact avec l'extérieur, conséquemment, j'apporte moins d'eau au moulin de mon inspiration. C'est comme ça. J'ai toujours carburé aux joyaux disponibles ici maintenant. Aussi, je déteste ressasser toujours les mêmes idées, parler des mêmes choses. Bien sûr, j'ai des thèmes de prédilection, mais je ne veux pas en venir à ce point où je vous emmerde, où chaque billet n'est qu'une pâle copie du précédent. Je m'inquiète donc de la pérennité de mon blogue.

Peut-être était-ce pour moi l'occasion de me surpasser et d'arriver à puiser dans des ressources inconnues pour maintenir mon air d'aller? Il paraît que parfois, la contrainte nous pousse à explorer d'autres avenues, que de sortir de nos sentiers battus nous amène à découvrir que nous portons les moyens d'adaptation en nous, comme des clés inutilisées susceptibles pourtant de déverrouiller toutes les portes auxquelles nous nous frappons le nez. Reste à voir ce que les muses en diront, elles.

12.05.2009

victoires

La cystographie est accomplie et Bo. est un champion. Il l'est parce qu'il est passé au travers cette épreuve médicale sans trop pleurer. La très gentille technicienne qui nous a guidés au travers cet événement stressant nous avait pourtant préparé mentalement, nous les parents, à entendre notre enfant pleurer probablement tout au long du gros vingt minutes d'examen. Mais voilà, Bo. est un champion, je le répète. Surtout que la gentille technicienne a eu la bonne idée de lui prêter une suce pour le temps qu'a duré la session de radiographie. Bo., transformé en Maggie Simpson, s'est concentré sur son plaisir de succion comblé plutôt que sur la douleur du cathéter inséré dans son méat urinaire afin de remonter son urètre jusqu'à sa vessie. Pauvre loup.

Verdict: pas de reflux. Donc pas d'énormes possibilités d'infections urinaires. Un gros morceau de robot pour nous qui avions décidé de ne pas lui donner d'antibiotique en doses préventives après tout, car même si nous avions fait remplir la prescription, je n'avais jamais réussi à me résoudre à lui administrer et M. n'avait jamais insisté pour que nous le fassions non plus. Je crois que le fait d'avoir obtenu une possibilité d'examen assez rapidement a joué en faveur de notre décision. Nous nous disions que si un reflux était confirmé, alors là, il y aurait une raison réelle et non pas qu'hypothétique pour aller de l'avant avec le traitement.

Confirmation joyeuse: pas de reflux. Malheureusement, l'urologue que nous avons rencontré à la suite des clichés rayons X exécutés a un peu crevé notre bulle de parents enfin soulagés en nous apprenant que non, tout n'était pas encore terminé. La cystographie mictionnelle n'a éliminé que deux des quatre causes probables de l'hydronéphrose - synonyme de dilatation du bassinet. Ah bon. Maintenant, Bo. devra passer un scan rénal afin de déterminer s'il souffre d'un blocage urétéro-pelvien ou urétéro-vésical, ou de rien du tout et que ce ne soit après tout qu'un problème musculaire qui finira par se résorber avec le temps.

Quand monsieur l'urologue très sérieux et plongé à 100 % dans sa persona je-suis-médecin-moi-un-vrai-de-vrai-professionnel a évoqué cette dernière possibilité qui s'avère être le cas chez plus de 80 % - encore des pourcentages! - des poupons porteurs de cette anomalie, mon coeur a fait un bond. Mon ostéopathe, qui n'est pas spécialiste comme monsieur l'urologue, avait justement évoqué une tension musculaire qui causait la dilatation de l'uretère lorsqu'elle avait examiné la région du rein droit de Bo. avec le seul toucher de ses mains miraculeuses. Elle est forte A-M et voilà, d'ici le 18 décembre cette fois, nous serons bel et bien fixés.

À propos de mes seins douloureux, le pire est derrière je crois. Quand il enserre l'aréole de ses petites lèvres affamées, ça ne brûle que pour quelques secondes maintenant. Bo. a eu une poussée de croissance il y a quelques jours et hier soir, il est allé jusqu'à vider trois fois le sein avant d'être sustenté. Gauche, droite, gauche encore.

Ça va tellement mieux que la semaine dernière que j'ai même pu lire, ces deux derniers jours, pendant que j'allaitais. Un livre qu'il y avait longtemps que je voulais lire: L'élégance du hérisson. Bijou de roman vraiment. Bourré de beaux mots, truffé de grandes idées ramenant à l'essentiel. L'essentiel, c'est d'être aimé. Bien sûr, mais aussi d'aimer, avec un coeur grand ouvert, prêt à gober la beauté simple des choses du monde. Toutes choses, matérielles, spirituelles. Aimer et dire merci.

12.02.2009

entrevoir l'autonomie

Bébé raptor est collé à moi, endormi. J'en profite, à cette heure hâtive, pour faire des appels dans les garderies que j'avais contactées en juin dernier afin d'inscrire garçon sur leur liste d'attente pour leur donner sa date de naissance que certaines m'avaient alors demandées. Ce sera chose faite sous peu.

Penser à ce jour où je passerai mes journées loin de Bo. me semble inapproprié. Je veux profiter de lui à fond la caisse. Mais il faut ce qu'il faut et parce que la réalité de trouver une garderie dans ce contexte de pénurie de places doit être réglée le plus tôt possible, je me dois de faire preuve de vigilance et d'organisation. Je note les noms des institutions, ceux de mes interlocuteurs, les dates de contact. Je reste confiante que Bo. fleurira dans un beau terreau social. La soeur de M. nous a parlé d'un milieu familial géré par la mère d'une de ses bonnes amies, que je connais un peu. À voir cette jeune femme douce, polie et créative, je sais que la mère a pris son travail éducatif à coeur. Je me dis que pour les premiers temps, Bo. sera tout petit et qu'il pourra bénéficier d'un environnement plus intimiste. L'idéal serait qu'il intègre une CPE vers l'âge de deux ans et demi, trois ans. Bien sûr, l'important c'est qu'il soit heureux et stimulé là où il passera la majorité de ses journées.

Pensée crève-coeur encore. Mon garçon laissé à des étrangers si tôt. Tout ça pour faire rouler l'économie de notre paradis. M. et moi avons connu nos premières années auprès de notre maman, au foyer. Deux des mes amies ont décidé d'étirer leur congé maternel jusqu'à ce que leur garçon n'atteigne 18 mois. Avec M., nous nous assoirons dans quelques mois pour budgéter parce que nous jonglons avec cette idée nous aussi. Six mois de plus, ce n'est pas énorme, mais c'est déjà ça.

Dans une entrevue télévisée hier matin - j'allume l'appareil pendant les séances de boire le jour -, Isabelle Boulay racontait que son garçon connaîtra plusieurs paires de bras qui s'occuperont de lui, comme elle a connu plusieurs phares éducatifs adultes dans le milieu de la restauration dans lequel elle a grandi. Selon elle, les parents sont importants, mais ne doivent pas représenter la source exclusive de transmission de valeurs et de connaissances. Dans un certain sens, cette philosophie se rapproche de celle des tribus qui élèvent leur marmaille de manière collective. L'individu se développe avec un sens de l'ensemble plus certain, en comprenant son rôle social de façon instinctive. Les égos péroreurs ne doivent pas être nombreux à trouver racines dans un tel contexte éducatif.

Moi qui ait toujours été une amoureuse de la diversité des âmes et de la richesse que chacune recèle, il me faudra apprendre à faire confiance que mon fils ne sera que plus fort par toutes les rencontres qui ponctueront son chemin de vie. Et demeurer constamment disponible à ce qu'il me raconte son voyage.

11.30.2009

vouloir, pouvoir

J'ai mal. Samedi, j'étais une véritable loque, réduite en larmes, drainée par le mélange de peur et de douleur de la mise au sein. Je crois que c'était le fond qu'il me fallait toucher afin de m'endurcir. Combien de femmes qui ont allaité m'ont parlé du fameux deux semaines qu'il faut passer au travers avant de commencer à vivre un allaitement plus agréable? Eh bien, puisque monsieur a délaissé la téterelle il y a une semaine, j'espère qu'il ne me reste plus qu'une semaine à souffrir. Le contact direct de sa bouche sur mon mamelon a provoqué des crevasses que je n'ai pas prises en main assez rapidement. Les blessures se sont aggravées, mais aujourd'hui, je crois qu'elles sont en voie de guérir. Tout réside dans la bonne mise au sein. Malheureusement, les premières séances sans téterelle n'ont pas été réussies, sans doute dû à mon enthousiasme de le voir s'accrocher sans béquille, alors je n'ai pas compris assez rapidement l'importance de la position adéquate à adopter pour lui et moi. Qu'importe, je tiens bon et le lait coule. Le plus dans tout ça, le côté positif donc, c'est que les séances se sont écourtées d'une grosse moitié par rapport aux interminables mises au sein avec téterelle. Avec cette béquille de silicone, il devait travailler beaucoup plus fort, alors il s'endormait et s'éternisait au sein.

Il pousse. Depuis quelques jours, les pyjamas taille 0-3 mois qu'ils portaient depuis sa venue au monde ont été remplacés par d'autres de taille 3-6 mois. Il allonge assurément.

Des sécrétions le font respirer en cochonnet. Nous avons beau essayé dégager ses fosses nasales avec de l'eau salée et de les pomper avec une poire, rien n'y fait. Je l'appelle mon bébé raptor. Ça finira par passer j'imagine.

Ses blocs nuit s'étirent petit peu par petit peu. Hier soir par exemple, il s'est endormi à 20 h 30 pour ne se réveiller à nouveau qu'à 2 h. Après son boire, qui a duré une vingtaine de minutes, papa l'a collé contre lui et garçon a replongé jusqu'à 5 h 30. Nous dormons donc.

Je suis toujours aussi folle de son odeur. Quand je le porte sur moi, je me penche à intervalles réguliers pour humer sa fine chevelure. Dieu s'est arrangé pour concocter le parfum parfait pour la mère que je suis. À chaque bouffée, je l'aime un peu plus encore. Si une telle chose est possible.

Et je me dis qu'avec cet amour, aucun obstacle n'est infranchissable.

11.28.2009

prince charmant

Fouettés par le grand vent, baignés par le majestueux soleil, je me suis rendue jusqu'à la pâtisserie avec garçon pour y cueillir de délicieux croissants, Bo. au chaud dans l'Ergo. Marcher. Revenir à ma forme, vivre à mon niveau d'énergie, renouer avec mes habitudes. Petit à petit, ce corps que j'incarne ne m'est plus si étranger.

Cette semaine, M. m'a fait l'amour. J'ose cette confidence parce que parfois, partager des moments comme celui-là peut lever le voile sur des tabous. Malaise que de parler de sexualité après un accouchement. Étape cruciale pour la suite des choses dans le couple pourtant, étape cruciale pour ré-apprivoiser cette dimension qui habite la femme que je suis, devenue mère. Après un mois à avoir investi mon nouveau rôle intensément, j'avoue que la femme désirable et désireuse avait pris un peu beaucoup le bord. Aussi, il faut dire que la chirurgie qui a lacéré mon anatomie avait chassé l'envie de jouer aux fesses le temps de la guérison.

Vous ai-je déjà confié que j'appelle M. le maître de l'amour? Je le surnomme ainsi pour tout son talent à lire mon corps, à l'approcher avec délicatesse ou fougue selon ce qu'il perçoit comme appel secret de sa part. Dans le cas de cette séance importante, il a eu l'intuition de me préparer en me parlant de son désir de s'unir à nouveau à moi et d'enfin étendre son corps sur le mien deux jours avant de m'approcher. Nerveuse de revenir à ce genre de contacts intimes après toutes ces semaines de distanciation d'avec cette part de moi-même, j'ai même versé des larmes le moment venu pour relâcher la tension de me retrouver nue près de lui. Avec douceur, il m'a calmée et m'a demandé si je préférais encore attendre. À mon grand étonnement, je ressentais surtout une crainte vive de ne plus être belle comme auparavant aux yeux de mon amoureux, avec mon pubis balafré et mon ventre encore mou. Mais lui, l'homme de ma vie, m'a prise comme si j'étais la même que toujours et m'a offert, tel une rose, l'équilibre.

11.26.2009

point de rassemblement

Cet espace est devenu une voie de ventriloquie de mon existence auprès de Bo. Pour ceux et celles qui en ont marre d'entendre parler de lui, passer votre chemin parce que vraiment, ça ne fait que commencer.

Monsieur a eu un mois hier si vous calculez du 25 octobre au 25 novembre, comme ma grand-maman l'a fait. Pour nous, c'est dimanche qu'il a atteint ce cap. Nous sommes encore en mode calcul aux semaines comme pendant la grossesse, où je franchissais toujours une nouvelle étape me rapprochant du grand jour à tous les vendredis qui passaient. J'imagine que cette manie devrait nous passer bientôt, surtout qu'à Noël pile, nous célébrerons tes deux mois d'existence.

C'est dans la nuit de dimanche que monsieur a décidé de commencer à prendre le sein définitivement sans besoin de téterelle, à mon grand soulagement. Sans vouloir nous mettre de la pression, j'attendais quand même ce moment qui allait nous libérer de cet accessoire que nous devions trimballer à chacune de nos sorties, stériliser constamment et qui en plus, ralentissait considérablement les séances d'allaitement. Depuis que Bo. prend le sein sans cette tétine de silicone, ces boires ont raccourci vu que le lait rentre davantage au poste comme on dit.

Un autre facteur qui a beaucoup aidé la prise du sein, surtout du droit, c'est une visite lundi dernier chez A-M, mon ostéopathe aux mains miraculeuses. Elle a consacré l'heure complète à ausculter garçon sous toutes ses coutures. Entre autres, il avait de la difficulté à prendre mon sein droit en position de la madone. Je suspectais un torticolis de naissance, même s'il n'est pas né par voie naturelle. De fait, elle a perçu une torsion de tout son côté gauche et après avoir rectifié sa posture, elle m'a demandé de l'essayer au sein. Monsieur a commencé à téter sans rechigner et j'en ai eu les larmes aux yeux. De l'or en barre cette femme guérisseuse.

En plus de cette torsion, elle a aussi inspecter son rein droit, celui avec la dilatation. Elle m'a expliqué le pourquoi de cette anomalie selon elle et elle a travaillé un peu la région. Elle croit qu'une contraction musculaire amène l'uretère à se distendre ailleurs dans son parcours. Là-dessus, nous serons fixés lorsque nous irons au Children's le 4 décembre passer la cystographie dont un urologue, un spécialiste donc, nous interprétera les résultats juste après. Quel soulagement de savoir que très bientôt, nos lanternes seront bel et bien éclairées.

A-M a également travaillé son appareil respiratoire parce qu'elle n'aimait pas la petite toux plaintive qu'il émettait par contrariété de se faire tripoter. Depuis, sa voix a changé pour le mieux lorsqu'il s'emporte. Quelque chose s'est définitivement libéré.

Finalement, elle a manipulé les os de son visage pour rectifier l'ouverture de son palatin et lui permettre un meilleur pouvoir de succion, ainsi qu'une meilleure respiration nasale.

Nous nous sommes rendus à son bureau situé dans Ahunstic grâce à l'amoureux de la mère de M. qui nous y a si gentiment conduits. Puisque nous ne possédons que Jasmine la Fit et que M. doit l'utiliser pour aller au boulot pour éviter de se taper trois heures de transport en commun par jour, Bo. et moi devons "bummer des lifts" pour nous déplacer. Ma mère nous a dépannés pour nous rendre à l'hôpital une fois, et Cl., la maman de M., nous a transportés à maintes reprises d'une clinique à l'autre depuis ces deux dernières semaines. La générosité de tout notre entourage est grandement appréciée. C'est dans ces moments de dépendance que nous réalisons à quel point il est bon d'être bien entourés, de faire partie d'un tissu social - n'est-ce pas qu'une famille, c'est là où commence la société? - solide.

Bo. anime les meilleurs sentiments dans chacun de nous, ces meilleurs sentiments qui y étaient déjà, mais qui semblaient n'attendre que cette belle opportunité de nouveau venu dans le clan pour s'exprimer plus concrètement. Les bébés sont les catalyseurs du beau, du bien et du bon de la nature humaine. Sûr et certain.

11.23.2009

partage - portage

Oui je sais, j'avais dit: pas de photo. Mais, fidèle à mon habitude, je dissimule les visages et réussis ainsi à vous présenter ce beau moment d'amoureux.

Bo. préfère l'Ergobaby à l'écharpe, bien que techniquement, il aurait fallu attendre qu'il soit un peu plus solide par lui-même avant de l'utiliser. Mais puisque garçon est grand et qu'il a un cou déjà fort, il s'installe en grenouille et s'endort à tout coup contre nous. Je cuisine avec lui sur moi, poursuis mes tâches ménagères - ces fameuses! - et l'autre soir, nous avons même dansé un beau slow collé mémorable sur un air de Human Highway. De le porter me rappelle mon ventre rond de grossesse avec l'avantage de pouvoir baiser sa tête douce et chaude quand je veux.